Désir, Goût, Impulsion, Assuétude

Yvan-Arthur Maigne

man in gray polo shirt
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Si Maman m’avait demandé un jour pourquoi je me droguais, je lui aurais tenu à peu près ce discours :

« Tout avait commencé comme dans un rêve, ma chère maman, un magnifique songe. Après des années passées sans en ingérer, sans tomber dans la frénésie qu’elle engendre, je me suis laissé tenter. C’est dingue comme on peut passer son enfance et une bonne partie de son adolescence à se dire, comme on nous l’a appris plus ou moins directement, que jamais on ne goûtera à la drogue. On pense comme nos parents, comme le nous de 50 piges. On pense que la drogue, c’est de la merde, comme dirait l’autre, et on juge tous ceux que l’on voit en prendre, ou que l’on soupçonne d’en prendre. Mais on ne peut se faire une idée pertinente sur la drogue sans l’avoir éprouvée. Je pense que dans la dénégation de ce désir inavouable, il y a la manifestation de notre hypocrisie collective. Nous sommes tous drogués tous les jours, tout le temps. La drogue est partout autour de nous et en nous. On nous drogue à notre insu, mais c’est avec notre consentement tacite que l’on nous intoxique la plupart du temps. Ce que nous répudions en réalité, c’est le goût de la drogue. Nous honnissons le fait de désirer s’échapper de nous-mêmes, de vouloir éteindre ou exalter notre conscience, et dans le même temps nous vendons partout des moyens de le faire, et en prescrivons d’autres dans les cabinets de nos thérapeutes.

Moi, je sais quand mon désir pour la drogue est né. Plus précisément, il ne s’agissait pas d’un désir de drogue, non, il s’agissait d’une envie d’être augmenté. J’ignore pourquoi, mais presque toutes les productions cinématographiques ou télévisuelles que je regardais quand j’étais petit romançaient certains attributs de l’homme ou de la femme adulte de telle sorte que fumer une clope ajoutait à l’élégance, ou prendre une trace de c accroissait l’intelligence. C’était littéralement impossible d’y échapper, tellement que même à la cantine, le midi, parfois on avait en dessert ces fameux biscuits cigarettes avec lesquels je suis sûr que tous les mômes de France et de Navarre se sont amusés à faire semblant de fumer depuis au moins 25 ans. Ainsi, dès mes 12 ans, j’ai commencé à sentir au fond de moi ce désir, cette curiosité secrète pour la substance. Bien entendu, plus ce truc en moi était fort, plus ma position anti-drogue se radicalisait. Mais plus tard, au collège, les digues ont successivement lâché. Un désir nouveau est venu à mon insu nourrir le premier. Fatigué d’être toujours seul dans un coin de la cour de récré, un jour j’ai succombé à l’envie d’avoir des amis. Je me dis aujourd’hui que c’était normal. Toi, qu’en penses-tu ? Même pour celui qui aime sa solitude, il y a toujours un moment où elle devient encombrante, où elle est simplement de trop.

Alors, j’ai décidé ce jour-là de faire comme eux. De devenir eux. Le EUX ici désigne tous ceux qui avaient le swag, qui portaient des sweats Thrasher, marchaient dans des Stan-Smith ou des Vans, rangeaient leurs cahiers dans des Eastpak, et se donnaient rendez-vous le weekend dans les skateparks. Du jour au lendemain, j’ai tellement voulu ressembler à ces mecs, à un en particulier, Lucas. Il avait tout ce que je n’avais pas : une mèche à la Bieber qui rendait ouf les meufs, une dégaine nonchalante, un pull à capuche bleu DC Shoes et des chaussures grises de la même marque floquées d’un logo bleu vif. Pendant un an, il a été mon modèle. J’ai tout fait comme lui, je suis même allé jusqu’à fumer mon premier joint pour l’impressionner. D’ailleurs, je me souviens que ce jour-là, mes parents étaient partis en voyage avec mes frères, et j’étais resté seul à Paris pour passer mon épreuve d’histoire du brevet. Le matin, j’avais fumé ma première cigarette en tirant avec peine et du bout de mes lèvres sur une clope qu’il m’avait tendue. Le soir, je désobéissais pour la première fois à des consignes laissées par Papa et Maman, en le rejoignant lui et certains de ses amis au Parc Frédéric Pic, qui se trouvait au bout de ma rue. Je partais la boule au ventre, terrifié à l’idée que ma mère appelle sur le fixe pendant mon absence. C’est déjà donc pour réduire mon anxiété que j’avais en partie fait le choix de m’intoxiquer. Ceux parmi vous qui souffrent, ou ont souffert de cela, savent à quel point ça peut devenir handicapant. Et c’est ainsi que je goûtai au shit, assis sur un banc crotté, dans une petite allée d’un parc sans histoire, pour impressionner le mec qui avait été mon crush depuis la 6ème, et qui, tout récemment, était devenu mon modèle de réussite. Sur le coup, j’avais pensé que ma défonce était juste exceptionnelle et que j’étais le garçon le plus planant du monde. Le meilleur planeur de Vanves. Mais avec le temps, je réalise que ce que je considérais comme une sensation de ouf, était simplement une intense crise de paranoïa mêlée à une impression de flotter, de rebondir sur le goudron à chacun de mes pas.

Par la suite, c’est tout à fait logiquement que je suis tombé dans la fumette. Le seul moyen à ma disposition pour enfin être un peu plus comme les autres, et un peu moins singulier, slash bizarre, était de faire comme ces autres. Et pendant les six premiers mois de seconde, j’allais tellement fumer de shit et de beuh que la nuit je rêvais qu’il m’en poussait à l’intérieur de la tête. Je fumais absolument tous les jours de la semaine avec une petite pause le weekend, je crois même que je n’avais encore jamais fait preuve d’autant d’assiduité dans ma vie avant de commencer la beuh. Les premiers temps, tout était magique et facile. En arrivant en seconde, je me suis rapproché de personnes à qui je n’osais jamais parler au collège, et très rapidement j’ai fait partie de leur cercle d’intimes. Au départ, ce fut donc Elsa, avec qui on partageait une table en cours de français de Mme Golfier. Puis, ça a été tout le groupe d’Elsa, progressivement, toute ma socialisation se ferait au travers d’elle. J’étais tout simplement trop timide et peureux pour m’aventurer hors de sa sphère d’influence. Et puis, je dois dire que je ne le souhaitais pas non plus. Au début, nous étions si heureux, elle et moi, ensemble, tout ce qui m’arrivait dans une journée avait été forcément partagé avec elle. Bien sûr, il ne s’agirait pas de nier que la weed occupait une place centrale dans toutes nos occupations. Ce serait d’ailleurs plus juste de dire que notre occupation principale était la weed. On fumait parfois à la pause de 10h30 un p’tit pet roulé dans une feuille de cigarette avec deux boulettes de shit maigrichonnes, pour mieux encaisser le cours de maths de Mme Nicolas, et s’assurer qu’on passerait l’heure et demie du lundi à se foutre de la gueule de ses immondes jupes longues, plutôt que de ronfler sur nos équations à deux inconnues.

C’est une des choses qu’elle et moi avions : le goût du rire, de la moquerie. Je me souviens toujours avec joie et nostalgie de tous nos fous rires, nos grimaces, nos bêtises. Comme cette fois où on s’est échappés de la sortie théâtre de Mme Golfier, pour fumer dans un square durant une bonne partie de la nuit. Pour moi qui n’avais jamais le droit de sortir après 19h, c’était une totale transgression. Je pourrais aussi te raconter la fois où nous sommes arrivés trempés, et en retard au Théâtre du Rond-Point, parce qu’on s’était d’abord bien enfumé les poumons dans l’appartement de la maman d’Elsa. Je nous revois encore comme si c’était hier, sortir de la station Champs-Élysées Clemenceau, au niveau du Grand Palais, et cavaler sous la pluie, la bouche ouverte comme des gamins bêtes et heureux. Je n’ai plus jamais autant aimé la pluie que ce jour-là. Est-ce disproportionné si je dis que j’aimais tellement Elsa que mon amour pour elle me faisait mieux accepter l’ado angoissé et homosexuel que j’étais ? D’ailleurs, elle est la première à qui je l’ai dit. Mais au-delà de ça, c’est son amour pour moi qui m’a totalement désentravé. Avec elle, pour la première fois de ma vie, je croyais qu’on pouvait m’aimer pour ce que j’étais, un sentiment que j’allais retrouver bien plus tard avec Toscane. Sans mentionner qu’elle croyait en moi : elle voyait en moi ce que je ne voyais pas, ce que voyaient certainement mes parents et qu’ils choisissaient de taire. Elle, au contraire, me disait que j’étais fondamentalement capable, capable d’accomplir de grandes et belles choses. Je me souviendrai jusqu’à la fin de cette après-midi où, assis tous les deux au fond du 189, en direction de chez son père, elle m’a regardé dans les yeux, et avec ce petit timbre dans sa voix qui invite déjà à la dérision, elle m’a dit :

« Je sais, Junior, que je t’ai influencé. Si tu ne voulais plus traîner avec moi, je comprendrais. Fumer tout ça, ce n’était pas ton truc à la base, mais… »

Et moi, sans réfléchir, je me suis empressé de répondre, pour que son cœur ne s’alourdisse pas de remords inutiles :

« Mais non, Elsy » (oui, c’est le petit surnom que je lui avais donné),

« pas du tout, Elsy, c’était mon choix de commencer à fumer. D’ailleurs, mon premier joint, c’était même pas avec toi, tu vois ? Tu n’as donc pas à t’en faire pour ça. »

Après, on n’a plus rien dit, elle et moi. Je savais qu’elle avait raison, mais je me refusais à simplement accepter cette terrible vérité qu’on avait pourtant toujours ignorée. Pourquoi avait-il fallu qu’elle dise ça ? En une phrase, elle me rejetait de son monde, elle établissait des différences entre nous, elle érigeait des murs, pointait du doigt nos aspirations premières divergentes. Dans le même temps, c’était aussi la plus belle preuve d’amitié et d’estime que de rappeler ce simple fait. En faisant cela, elle me disait : Rappelle-toi qui tu étais avant de me rencontrer, rappelle-toi ce à quoi tu rêvais avant que cette relation fusionnelle ne naisse entre nous, rappelle-toi qu’il y avait un Junior avant qu’on ne devienne Junior et Elsa.

Et elle avait raison. Nos cœurs en étaient venus à tellement fusionner que, lorsque le sien est tombé amoureux de Dorian, le mien a instantanément pris les couleurs de cet amour. Ce serait con et ingrat de ne pas reconnaître à quel point la drogue peut rapprocher les gens, surtout si l’on parle d’âmes sœurs comme c’était le cas pour Elsa et moi. Parfois, je me demande tout de même si les choses auraient été différentes sans la beuh. J’imagine que j’ai une partie de la réponse, et qu’elle détient l’autre moitié. Mais ce que je sais avec certitude, c’est qu’après ce bref échange que nous avions eu à l’arrière du 189, progressivement, plus rien n’a été comme avant. Il devenait difficile de se concentrer uniquement sur ce qui nous liait, maintenant qu’il était clair pour moi que peu de choses, en réalité, nous rapprochaient, hormis nos blessures d’enfants et la relation difficile qu’on entretenait parfois avec nos parents. Chaque semaine qui se terminait voyait la distance entre elle et moi se creuser davantage, et mon aversion pour la drogue croître. Je me suis mis à haïr tout ce qu’elle représentait ; je n’avais qu’une obsession : m’éloigner, partir le plus loin possible. J’ignorais alors que cinq ans plus tard, alors même que la rupture avec Elsa avait été consommée (parce qu’elle commençait à toucher à des drogues plus dures), j’allais à mon tour plonger la tête dans les pilules et les poudres.

On dit souvent qu’une nouvelle année apporte son lot de bonnes résolutions. Eh bien, pour moi, l’année 2023 est arrivée avec un traîneau rempli de mauvaises décisions. Les premières semaines après la soirée du nouvel an, je ne m’avouais pas encore que quelque part, au fond de moi, existait l’envie d’y goûter à nouveau. Je disais à tout le monde à quel point mon nouvel an avait été extraordinaire, et mon indifférence à l’égard des Tazs, même si je reconnaissais avoir kiffé mon tout premier trip. Puis, l’envie en moi d’en reconsommer se faisant de plus en plus sourdement entendre, je mis au point un argument pour tromper ma propre vigilance. Je me répétais sans cesse que j’avais un rapport tout à fait régulé à la substance, que je maîtrisais parfaitement mes impulsions. Mais à chaque fois que j’en reprenais, à l’occasion d’une petite soirée au Rex Club ou au Liebe, je sortais toujours un peu déçu de l’expérience. Pourquoi n’arrivais-je pas à me reconnecter aux sensations de la première fois ? Il y avait bien sûr des soirs où c’était très chouette, mais je percevais bien au fond de moi la lente disparition du goût que j’avais de la MD, des Tazs, de la coke.

Je me trouvais dès lors confronté à un nouveau paradigme : mon incapacité à envisager la fête sans substance. Je savais comment m’en procurer, ou plutôt avec qui traîner si je voulais en consommer. Puisque je m’interdisais absolument d’en acheter (principalement parce que, dans ma tête, cela équivalait à « tu es un vrai drogué si tu en achètes »), je faisais de la place dans mon entourage pour des gens que je considérais comme des camés mondains.

J’appelle camé mondain celui dont les narines ont vu passer plus d’avalanches de blanche qu’un alpiniste professionnel, mais qui, dans le même temps, ne s’habille qu’en éditions limitées et a un appart entre Bastille et Barbès. Je savais qu’avec ce type de profil, la drogue coulerait à flot toute la semaine, et que je pourrais même chipoter : si je voulais en prendre par le nez, ou parfois directement diluée dans mon verre de champagne. Malgré toutes ces précautions d’usage, j’étais comme emporté par une vague jusqu’au milieu de l’océan, et je commençais à me noyer ; mes tentatives de nager à contre-courant pour rejoindre la rive ne servaient à rien.

La plupart du temps, j’étais défoncé même lorsque je n’avais rien tapé. Souvent, au réveil, je ne sentais plus ma tête ; tout ce qui m’entourait semblait lointain, mes propres pensées sonnaient comme celles d’un autre. Mes journées étaient remplies de silence, même lorsque je parlais : une sorte de silence de l’âme. J’étais constamment hanté par une impression bizarre de détachement ; plus rien n’avait d’importance, et je n’avais plus de prise sur la réalité du monde.

Ce qu’on ne nous dit presque jamais, dans tous ces films ou séries pour grands qu’on regardait en cachette quand on était petit, c’est qu’être drogué n’est pas l’affaire d’un instant qui dure seulement le moment du trip. Non. Être drogué est souvent un état que l’on se traîne, dans lequel on végète pendant des jours, si ce n’est des semaines. Après le trip, et particulièrement s’il a été violent, c’est comme être attaché devant une enceinte géante qui cracherait du heavy metal à fond les ballons. Ça rend atone ; tu finis par complètement t’éteindre. Le seul moyen pour toi de récupérer un peu de couleurs, un peu de ta voix, c’est d’en reprendre.

Je me souviens d’une fois où j’ai vraiment eu très peur de ce que j’étais devenu. Je me trouvais chez mon meilleur pote camé mondain, après une soirée plutôt ordinaire.

Ce qu’on appelait soirée ordinaire était, en réalité, des soirées catastrophiques durant lesquelles on commençait par descendre deux bouteilles d’un vin assez médiocre provenant de l’épicerie du coin de rue ; ensuite, on se motivait pour aller acheter de la came au Liebe, sur l’axe des grands boulevards (repère d’après minuit pour tous les jeunes drogués et désœuvrés de la capitale) ; puis, si on ne kiffait pas assez le son (qu’on trouvait trop répétitif ou tout simplement à chier), ou si l’on ne trouvait pas d’after, on finissait par rentrer chez lui pour se détruire la gueule avec toute la drogue restante, en discutant superficiellement d’un tas de trucs bidons.

Et lors de ce fameux soir dont je parlais au début, on n’avait rien fait de bien différent par rapport aux autres soirs, à un détail près. Alors que je ne le faisais que rarement, j’acceptai que mon pote me fasse un para de MD, qui, à première vue, paraissait déjà trop gros. Je persistai un moment pour le faire corriger le dosage du truc, mais il n’entendait rien. C’est dans ce genre de situation que surgissait le démon qui l’habitait : cette force destructrice qui voulait emporter avec elle tout ce qui se trouvait sur son chemin. Faible, instantanément, j’ingérai le para en lançant un soupir de regret, car je savais que là, je franchissais une ligne jaune, et qu’il y aurait des conséquences.

Je passai ensuite une longue et éprouvante semaine, constamment au bord de la crise d’épilepsie. Mon cerveau était sans arrêt la victime de courts-circuits, et à l’approche du sommeil, il se remplissait de grésillements métalliques qui prenaient possession de mon corps et me laissaient dans un état de semi-paralysie l’instant de quelques secondes. J’ai cru à un moment que j’allais rester ainsi pour toujours, que j’allais en garder un handicap sévère, ou des palpitations cardiaques.

Puis la vie a repris son cours silencieusement. Un matin, c’était parti : j’avais le cœur souple, et la tête lourde seulement de toutes mes pensées, rêves, craintes, aspirations, désirs. Pourquoi est-il si difficile de doser pour certains et si facile pour d’autres ? Tout remonte certainement à l’enfance, mais cette injustice naturelle m’a souvent arraché des rivières de larmes. Tout paraît encore plus flagrant quand on se drogue. Le nombre de fois où l’on voit des amis résister à l’appel de la substance, ou se limiter à une prise raisonnable, récréative, et qu’instinctivement, on ne peut s’empêcher de leur en vouloir… De leur en vouloir d’être si infaillibles, de ne pas souffrir autant que nous souffrons, de si bien supporter le poids de l’existence.

Et parfois, je pense que l’on incite les autres à essayer, pas exclusivement parce qu’on veut partager un pur moment de trip avec eux, mais aussi pour nous débarrasser, nous délester d’un peu de notre fardeau, de notre peine. Car s’il y a bien une chose que sont tous les camés de la Terre, peu importe leur statut, situation, âge, sexe, c’est d’être une communauté d’âmes en peine, d’esprits à la dérive. Nous avons en partage, en communion, nos cœurs percés.

Où sont tes rêves de petit garçon, Junior ? Où sont-ils ? C’est loin maintenant, l’époque où tu pensais avoir la supériorité morale pour juger, mépriser et te distancer de ces gens que tu voyais comme des punks à chiens sans avenir. Mais mon loulou, il serait temps de te réveiller et de voir que cinq ans après l’année de seconde, c’est toi le punk à chien qui ne sait pas où il va. Tu auras beau prendre tes traces de MD dans les toilettes du Liebe, du Carmen ou même du Silencio, et non sous un pont à Porte de la Chapelle, ça ne fera pas moins de toi un mec paumé au crâne bourré d’amphétamine.

Ce qu’Elsa voyait n’était peut-être que ça. Pas grand-chose. Et puis, depuis quand tout ce que nous disent nos potes, un joint à la bouche, est-il censé être fondé ? J’ai été con de me raccrocher à cette parole ; c’est en partie elle qui m’a fait me conforter dans mon aveuglement.

Un drogué est un drogué. Un poète qui fume, est-il seulement un poète ? Un boulanger qui se pique, est-il seulement un boulanger ? Ainsi, à la question : « Un gamin cultivé et prometteur qui sniffe, est-il exclusivement un gamin cultivé et prometteur ? », tu as ta réponse ! ».

Maman, me demander pourquoi je me drogue, reviens à me demander pourquoi je n’en ai tellement rien à foutre que j’ai envie de crever.

Me demander pourquoi je n’en ai autant rien à foutre, reviens à me demander pourquoi ma tristesse est si grande qu’elle bouffe tout en moi.

Et, enfin, Maman, me demander pourquoi je suis si triste, reviens à te demander ce que tu as foiré dans mon éducation.

Et puisque tu n’es pas prêtre à te poser cette question, alors je présume que tu ne me demanderas jamais pourquoi je me drogue. En attendant, j’ai imaginé que tu me l’avais posé la putain de question, et ce livre t’apportera une partie de la réponse.

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